Portrait – Je me projette à nouveau !

Anselme Engouloun un stanois de 62 ans, a subi ce qu’on appelle un accident de la vie. Il a décidé de se relever et pour atteindre son objectif, il fait partie des 37 Stanois (9 foyers) qui sont épaulés actuellement par l’épicerie sociale et solidaire ouverte depuis juin dernier.

© Julien Ernst

Il est grand, élégant et son regard est doux, Anselme Engoulou est un Stanois d’origine camerounaise qui habite dans les tours de la cité Salvador-Allende « depuis le 31 mars 2015 », tient-il à préciser. « Avant, j’ai habité seize ans à Épinay-sur-Seine, mais il y quasiment onze ans jour pour jour, j’ai choisi d’habiter Stains.

Vous savez pourquoi ? Car je m’y sens bien, mais aussi pour deux autres raisons : la première, cette ville est jumelée avec Mengueme, une ville que je connais au Cameroun. La deuxième, car je suis toujours venu faire mes courses à Carrefour Stains, et maintenant, j’y suis en deux minutes ! » Le rire de Monsieur Engoulou est communicatif. Et ce qu’il déroule ensuite démontre un autre intérêt qu’il a trouvé à Stains : le Conservatoire municipal de musique et de danse (CMMD).

« J’ai appris à chanter et à jouer de la guitare de manière autodidacte. Mais j’ai voulu apprendre à lire la musique. J’ai donc suivi des cours de solfège au CMMD. Avoir la musique dans le coeur est un cadeau du ciel, ces paroles de la Compagnie Créole m’accompagnent depuis de longues années. » Son amour pour la musique semble infini. Mais, il est aussi un technicien hors pair d’un autre genre. Anselme se plaît à raconter toutes ses expériences professionnelles dans l’éclairage public, le téléaffichage… Et il n’est pas peu fier de montrer une certaine photo.

On le voit, en mode selfie, attaché par des harnais, près d’un grand pilône avec la mer en arrière-plan. « Là, j’étais à 60 mètres de hauteur. Je faisais de l’installation, de la mise en service et de la maintenance dans les télécoms à travers toute la France pendant plusieurs années. » Impressionnant. À l’image de ce grand monsieur loin de penser à un accident.

UN ACCIDENT DE VIE

Et pourtant… Fin de contrat pour cette entreprise. Fin de contrat pour Anselme. En juin dernier, à 62 ans, ce voltigeur musicien, rêve à une vie de retraité avec plein de nouvelles aventures. Mais non. Erreur de calcul, jeu de ping-pong entre France travail, caisse de retraite, complémentaire, des rendez- vous à gauche et à droite… Au bout de plusieurs semaines, le couperet tombe.

Pas de retraite avant 2030. Un revenu de 673 euros. « 673 euros et j’ai un loyer de 600 euros. Le temps que les APL soient calculées, j’ai cumulé une dette… » , presque honteux, les yeux d’Anselme se mettent à briller. Mais plus question de larmes.

UN ACCOMPAGNEMENT, PAS UN ASSISTANAT

« L’assistante sociale qui m’a reçu insistait avec cette épicerie sociale et solidaire. Au début, je ne voulais pas. Mais au bout de deux ou trois fois, j’ai compris que c’était juste pour m’aider à accomplir un projet. C’est valorisant. » En effet, pour bénéficier de l’épicerie sociale et solidaire, il faut être orienté par une assistante sociale et avoir un projet. Une maman solo qui veut partir en vacances avec ses enfants, un jeune homme en recherche d’emploi qui veut s’acheter une voiture, un locataire qui veut honorer sa dette… Tous les scénarios sont envisageables.

Les bénéficiaires peuvent ensuite bénéficier d’une épicerie avec des produits de qualité à 10 % du prix coûtant. Les produit d’hygiène sont, eux, à 30% du prix. En fonction de la composition familiale, un panier est alloué. « Je paye 2,90 euros par semaine, je repars avec un panier plein et équilibré, et je peux à nouveau bien manger », le Stanois sourit. Et avec un ventre plein de bonnes choses, que se passet- il ? On emmagasine de la bonne énergie.

« J’ai fait les démarches pour devenir auto-entrepreneur, car je suis doué de mes mains. Désormais, je peux travailler pour les Stanois par exemple, fait un clin d’oeil Anselme, en proposant des services d’installation et de maintenance en plomberie et en électricité, et je sais aussi peindre. »

Avis donc aux amateurs stanois ! « Je me projette à nouveau, je suis même optimiste ! Si j’ai décidé d’accepter de témoigner, c’est pour encourager aux projets. Sans, il est difficile de se lancer. Avec, vous trouverez. Moi, je peux désormais espérer avancer grâce notamment à l’épicerie sociale et solidaire. »

• C.S.

Voir aussi