Portrait – L’envie de transmettre

Mongia Naggoudi, Stanoise de 79 ans, a été nommée chevalier de l’ordre national du Mérite. Cette mère et grand-mère a été récompensée notamment pour son engagement bénévole dans son quartier.

© Dragan Lekic

Elle a les yeux qui brillent quand elle repense à ce jour de décembre où sa fille est venue lui annoncer la nouvelle parue au journal officiel. « C’est une récompense pour une femme de l’ombre, une femme invisible, qui a oeuvré pour l’intérêt général », commente sa fille Ilhem, qui a effectué la démarche de cette demande en cachette. « J’ai pleuré quand elle me l’a annoncé. Ça m’a touché », sourit cette habitante du Clos Saint-Lazare qui a reçu sa médaille officiellement samedi 21 février.

Née en Tunisie, Mongia y a grandi avant de revenir en Algérie, dont sa famille était originaire, au moment de l’indépendance. Elle a ensuite posé ses valises à Stains dès son arrivée en France et n’en est pas repartie. C’est dans ce quartier qu’elle a tissé des liens durables avec ses voisins, élevé ses filles et s’est engagée dans le tissu associatif. Le fil conducteur de ces engagements, rendre service et créer du lien. La septuagénaire ne peut s’empêcher de donner des conseils aux gens dont elle croise la route. « Si je vois un jeune jeter un papier par terre, je vais lui parler, lui demander pourquoi il fait ça. » « Quand on marche dans la rue, même si on a quelque chose à faire, rien ne l’arrête », témoigne sa fille.

Cette vocation l’a d’abord poussée à devenir enseignante à Alger. «J’aime le contact avec les gens, la transmission. Je voulais aussi être active, ne pas être derrière un bureau.» Pendant quinze ans, elle enseignera en langue arabe dans le premier degré. Quand sa première fille naît, elle continue à enseigner. En 1981, l’enseignante veut un nouveau départ. Remariée avec Mohamed, elle le rejoint en France où il est installé depuis plusieurs années.

Pour elle, c’est la fin de l’enseignement, mais pas de sa détermination. « Forcément, au début, il a fallu s’adapter. C’est un gros changement. J’ai toujours voulu être indépendante, donc j’ai continué à travailler. J’ai gardé des enfants, fait des ménages, travaillé auprès des personnes âgées. » Au bout de quelques années, elle prend ensuite la gestion de son propre commerce, à Pierrefitte, une épicerie d’alimentation générale située à côté du collège Courbet. « J’ai retrouvé le contact, c’est ce que j’aime. C’était un collège difficile, mais j’étais auprès des jeunes, je les connaissais bien et ils me respectaient. J’ai désamorcé des situations. » Quand elle n’était pas dans sa boutique, Mongia jonglait avec l’éducation de ses trois dernières filles. «On ne mangeait pas à la cantine, elle rentrait nous faire à manger tous les midis» se souvient, Ilhem. « Elle nous accompagnait au conservatoire pour nos cours de musique aussi… »

Un encouragement dans leur scolarité qui a porté ses fruits. « Je suis très fière de mes quatre filles. » Une docteure en architecture, une agrégée de mathématiques et professeure à la maison d’éducation de la Légion d’honneur, une docteure en pharmacie et une ingénieure. La grand-mère heureuse a pris le relais en suivant la scolarité de ses petits-enfants. « Je les adore, c’est vraiment mon trésor. Ils me parlent et ils m’écoutent. » Et en tant qu’ancienne enseignante, la Stanoise a également oeuvré comme représentante des parents pendant plusieurs années.

« J’étais présente. Je parlais beaucoup avec la directrice. Je faisais aussi le lien et donnais des conseils aux parents. Beaucoup de gens de la communauté maghrébine arrivaient en France, je les aidais. Je connaissais la plupart des habitants du quartier. C’est dans mon ADN de parler à tout le monde. » Un engagement qui ne s’arrête pas à l’enceinte de l’école, puisque Mongia Naggoudi a aussi été bénévole pendant près de vingt ans dans l’association Femme dans la cité.

« On accompagnait les femmes qui venaient d’arriver. J’ai aussi contribué à ouvrir une classe pour les femmes qui ne parlaient pas le Français à l’école Romain-Rolland. Je connaissais beaucoup de gens dans le quartier et je les redirigeais là-bas. On organisait aussi des manifestations culturelles. » Des années d’engagement riches de souvenir.

Après ces années bien remplies, Mongia a rempli le rôle d’aidante auprès de son mari malade, décédé l’année dernière. Participant aux temps d’échange de la Maison du temps libre Olivier- Abdéride, pratiquant la gymnastique et la marche à la Maison du Maroc, elle est toujours active et cultive le lien avec ses proches et sa famille.

• J.B.

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