Portrait – Réparer les biens et les liens

Bénévole aux Rayons depuis une dizaine d’années, Arezki Karriche s’investit pour réparer des équipements cassés et apprendre aux habitants à bricoler.

Un engagement qui répond aussi à sa volonté de créer du lien.

© Julien Ernst

Une boîte à outils grande ouverte, muni des deux pinces du testeur de batterie, Arezki vérifie l’état des piles d’un téléphone fixe donné par des habitants avec Patrick et Lucette. Juste avant, ils ont approuvé un appareil Moulinex multifonctions : « Ça, c’est increvable ».

Dans la salle de réparation de la Régie de quartier des Rayons, l’équipe de bénévoles et salariés s’est lancée dans la revue d’état des appareils électro-ménagers collectés par l’association pour sa Ressourcerie éphémère du mois de mars.

Un jeu d’enfant cet après-midi, alors que moins d’appareils que d’habitude ont été déposés par les habitants. Surtout pour un habitué comme Arezki Karriche, qui a rejoint Les Rayons depuis une dizaine d’années. « J’y suis depuis le 1er jour », raconte-t-il, casquette de marin vissée sur la tête.

En voyant une annonce de recherche de bénévoles dans le Stains Actu, alors jeune retraité, cet habitant du Clos intègre la Régie de quartier. Pendant quelques années, il participe aux ateliers de réparation de vélos. Puis, il s’investit dans le lancement des cafés-réparations, alors que de plus en plus d’habitants sollicitaient de l’aide pour leurs divers appareils.

Devenu un des piliers de l’activité bricolage, Arezki est à l’aise avec tous les appareils qui passent entre ses mains. « Je suis électro-technicien et j’ai toujours été un peu bricoleur. Et on apprend en faisant. J’ai déjà des notions techniques, de fonctionnement. Il y a une logique qu’on retrouve dans tous les appareils. » Micro-ondes, ordinateurs, machines à coudre, imprimantes, petits électro-ménager, machines à café… Rares sont les équipements qui ne retrouvent pas une seconde vie une fois dans l’atelier des Rayon.

« Tenez, voici une pièce qui a été commandée pour un micro-onde qui ne fonctionnait pas », explique Arezki en la sortant d’un petit carton. « C’est souvent cette pièce qui fait défaut, il suffit de la changer plutôt que de changer le micro-onde. Sur le plan environnemental, ça évite d’encombrer les déchetteries, d’avoir des dépôts sur la voie publique. »

Seule exception, peut-être, les téléviseurs. « Ça demande beaucoup de temps et on n’est pas équipés, reconnaît Arezki. On devrait ne faire que ça. »

Au-delà de son intérêt pour le bricolage, c’est aussi du lien social que Arezki est venu chercher dans la Régie de quartier. « J’étais à la retraite depuis peu de temps, et j’ai eu une perte de repères. Il fallait faire quelque chose ! On veut retrouver un équilibre, de la motivation. Ce qui m’a le plus motivé, c’était d’apporter de l’aide à des gens qui n’ont pas les moyens de racheter du neuf. Le lien social, discuter avec des gens, parler un peu de ce que c’est de vivre en société, c’est ce qui m’intéresse. »

Il aimerait parfois que les participants s’investissent plus dans la réparation des objets : « c’est collectif. Et l’intérêt, c’est qu’ils puissent ensuite le faire eux-mêmes. » Dans tous les cas, le bénévole retrouve une ambiance chaleureuse avec l’équipe des cafés-réparations. Et espère attirer de nouveaux bricoleurs. «Le prochain, il y a une liste d’attente », confie Lucette, bénévole assidue des Rayons.

« Je dois ça à ma ville. Je me sens chez moi et je veux donner aux habitants », confie le Stanois, qui regrette que certains soient plus accaparés par les écrans que par leur prochain. « Le vivre ensemble, le lien, c’est très important. » Quand il n’est pas affairé rue George-Sand, Arezki profite de ses petits-enfants. Et dans la famille, c’est lui aussi le réparateur en chef.

• J.B.

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