Hip-Hop – Aymar, jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction
Le rappeur originaire de Stains est entré de plain-pied dans le rap game à l’occasion de la sortie d’un double album, entièrement autoproduit et enregistré dans la ville qui l’a vu grandir en tant qu’homme et artiste.
«Le talent, ça n’existe pas. Le talent c’est d’avoir envie de faire quelque chose », disait Brel. Voilà à quoi l’on mesure celui d’Aymar. Depuis ses premières compositions écrites dans sa chambre de la cité André Lurçat à la sortie de son double album de 40 titres (!) près de 25 ans se sont écoulés. Mais la passion, « l’envie de faire quelque chose » et des rencontres décisives ont permis à ce quarantenaire, récemment installé dans la capitale de l’Aube, de concrétiser, enfin, son talent.
Destains de black swing, le titre qu’il a donné à ce projet fait explicitement référence à la ville où cette passion pour le rap est née. « J’ai commencé le rap en 1993. Je me souviendrais toute ma vie la première scène : le SMJ de l’époque avait monté un chapiteau à côté de la bibliothèque du Clos. C’est grâce à ce petit concert que tout a commencé ».
Aymar évoque avec tendresse ses premiers émois avec les groupes en vogues à l’époque de l’autre côté de l’atlantique : A Tribe Called Quest, Black Moon, De La Soul… Alors qu’à cette époque, le rap en France cherche encore ses lettres de noblesse, Aymar lui se forge une solide érudition pendant « l’âge d’or » du rap Français de 96 à 98. « NTM, Bustaflex, Freeman Oxmo Puccino, Ideal J, ça n’a pas pris une ride ! » se remémore-t-il.
DU HIP-HOP AU « HIP-POP »
Le regard d’Aymar s’assombrit lorsqu’il évoque le tour qu’a pris le rap aujourd’hui en France. « On est passé du hip-hop au « hip-pop ». Maintenant on parle même de pop urbaine ! Ils sont allés trop loin dans le délire… » « Ils » se sont les majors de l’industrie musicale, mais le Stanois n’épargne pas non plus les principaux concernés : les rappeurs, qu’il assimile à des imposteurs.
« On ne leur met pas un couteau sous la gorge pour faire de la zumba, du « gloubiboulga » autotuné ». Lui, est resté fidèle à l’école du sample et l’avoue : « Je suis complètement déconnecté de la musique actuelle ».
Selon lui, le rap est un moyen pour transmettre des valeurs, une musique qui pose des mots sur les maux et révèle les conditions de vie des opprimés.
En cohérence avec sa vision du rap, son projet réalisé en totale indépendance n’est soutenu par aucun label, aucun distributeur. Disponible à la boutique de la Scred à Paris, du cultissime groupe de rap indé La Scred Connection, son disque peut également être acheté via sa page
Facebook. « À mon niveau, le rap ça paye pas, c’est uniquement de la passion. J’ai beaucoup de copains qui ont arrêté, mais moi j’ai toujours gardé la flamme. »
• MEHDI BOUDARENE
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